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Gagnants et perdants (et vice versa)

Apprendre à se vendre

Harun Farocki, Allemagne, 1997

" Durant l’été 1996, nous avons filmé des stages où l’on apprend à poser sa candidature pour un emploi. Nous avons filmé des chômeurs de longue durée que l’État poussait à suivre cette formation. Nous avons filmé des managers qui, avec un salaire de 200 000 marks (100 000e) par an, pouvaient se permettre de se payer un formateur privé, de même que les citoyens libres de la Grèce antique étaient initiés à la rhétorique par un esclave domestique. Enseignants, universitaires, chômeurs de longue durée, anciens drogués, managers, tous doivent apprendre à s’offrir eux-mêmes, à se vendre, au nom du self-management. Ce concept n’est peut-être qu’un crochet métaphysique auquel l’identité sociale est suspendue (...). L’entretien d’embauche sert à faire ressortir la personnalité entière du candidat, et non plus seulement ses compétences mesurables, déjà annoncées sur le papier. C’est d’ailleurs l’être humain dans son intégrité qui se sentira accepté ou rejeté. Kafka comparait l’entretien d’embauche à l’entrée au royaume de Dieu, en précisant que pour l’un comme pour l’autre le chemin était incertain (...).
Tout comme les fiançailles préparent au mariage, et l’Avent à la naissance du Christ, les stages de préparation à l’entretien d’embauche servent à se préparer à cet événement. Un moment important ne durant jamais longtemps, il s’agit de le prolonger en avance, d’aller jusqu’au bout des sensations d’espoir et d’angoisse." Harun Farocki

L’initiation

Dans un hôtel d’affaires de la banlieue parisienne, les élèves d’une classe préparatoire sont rassemblés pour préparer l’épreuve décisive des concours d’entrée en école de commerce : “l’entretien de personnalité”. Devant un jury issu du monde de l’entreprise, ils auront quarante-cinq minutes pour “donner le meilleur d’eux-mêmes”. Après deux ans à trois ans de lourds sacrifices, la pression est forte. Pendant trois jours, les candidats apprennent à se mettre en scène et à adapter leur discours aux attentes du jury. L’équation est délicate : il faut savoir “se vendre” tout en restant “soi-même”. Le mot d’ordre étant "apprenez à être naturel plutôt que spontané”.

On n’en fera pas l’économie

Eric Smeesters, Belgique, 1997

On n’en fera pas l’économie est un film qui prend le temps. Le temps de distiller un regard profane et salutairement inquisiteur sur l’expérience d’une dizaine d’entrepreneurs pour qui le profit financier n’est pas tout. Les saisissant sans fioriture dans leur bureau, le réalisateur les invite à prendre du recul sur le sens de leur entreprise. Progressivement, ces témoignages font apparaître à la fois des questionnements et des pistes nouvelles. Tout en revendiquant des finalités particulières (sociales, environnementales, etc...) ils bousculent les poncifs de l’économie sociale traditionnelle. Extrait du dossier de présentation

Les Fagor et les Brandt

Anne Argouse, Hughes Peyret, France, 2007

En 2005, l’entreprise espagnole Fagor rachète Brandt et devient un des leaders du secteur de l’électroménager européen. Les salariés français sont inquiets face au plan de restructuration prévu. Mais Fagor n’est pas une entreprise comme les autres, c’est une coopérative. Elire et révoquer ses dirigeants, voter les salaires et la redistribution des bénéfices, c’est le mode de fonctionnement de Fagor, la coopérative phare de la Mondragon Corporacion Cooperativa, le plus grand groupe coopératif du monde, 7ème entreprise d’Espagne. Les syndicats de Brandt s’organisent sur un principe de lutte des classes, quand l’entreprise à laquelle ils s’opposent affiche une organisation de travail démocratique. Les moyens d’action traditionnels des uns semblent inadaptés au mode de fonctionnement des autres, et les travailleurs de Fagor se font fort de rappeler leur solidarité vis-à-vis des appréhensions de leurs collègues français. Deux points de vue aux apparences contraires, mais malgré des modes et moyens d’action fort dissemblables, le langage parlé est-il si différent ?

Losers and winners

Ulrike Franke, Michael Loeken, Allemagne, 2006

Durant un an et demi, les réalisateurs Ulrike Franke et Michael Loeken ont suivi le démontage d’un gigantesque complexe industriel de la Ruhr, racheté par les Chinois. Losers and winners (Mon entreprise en Chine) capte un moment de cohabitation forcée entre deux types de travailleurs au sein de la cokerie : les ouvriers allemands chargés de transmettre leur savoir-faire à ceux qui vont leur prendre leur travail, et les ouvriers chinois venus démonter l’usine pour la remonter dans leur pays. Le documentaire, plusieurs fois primé en festivals, accompagne les deux bords. La caméra prend le temps de s’installer et suivre les travailleurs européens et asiatiques au fil des saisons... et du démantèlement de l’usine. Présente sur le chantier, dans les réunions sur la sécurité ou lors d’échanges sur la législation du travail entre les deux camps, elle saisit en finesse la réalité des uns et des autres. Priés par leurs dirigeants de faire attention aux ”habitudes” des Allemands travaillant sur le site afin de ne pas les choquer, les ouvriers chinois sont cependant également tenus de respecter les délais impartis pour la découpe, dans la limite du taux de blessés graves... fixé par contrat à sept pour mille. Rarement les conditions de travail des employés d’entreprise chinoise auront été abordées par ceux qui les subissent, et montrées au cinéma, avec autant de franchise.